Interview d’Eitel

Eitel : « L’album EITEL&CO est un CD collection-compilations d’une partie de mes réalisations musicales enregistrées entre 1995 et 2003 »

L'actualité musicale, c’est aussi la sortie de l'album-collection EITEL&CO.
À cette occasion, Eitel, réalisateur des titres de l'album, a accordé une interview à V. Mendoza

Eitel

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis par V. Mendoza – publiés le 22 mars 2021

 

 

Pourquoi une si longue absence discographique ? Comment expliquer cette traversée du désert ?

J’ai volontairement mis en veille mon logiciel musical commercial tout simplement, parce que j’étais arrivé un peu à saturation. Bien sûr que je m’éclatais bien comme compositeur arrangeur et réalisateur, mais à un moment donné j’ai voulu aller à la rencontre d’autres univers. Envie de faire un « break » comme on dit, aussi par défi personnel: prouver que j’étais capable de faire autre chose que de la musique. Comme vous pouvez l’imaginer, cette décision n’a pas été simple car il a fallu que je me fasse violence.

C’était le meilleur des choix, je le reconnais aujourd’hui. J’ai appris beaucoup de choses en dehors de la musique et j’ai eu la chance de rencontrer des personnes enrichissantes que je n’oublierai jamais.
Il ne s’agit pas donc d’une traversée du désert, car j’ai aussi continué à jouer du piano à la maison, en interprétant un répertoire plus varié et parfois académique.

Pour tout vous dire, je n’ai vraiment jamais galéré sur le plan musical. Au contraire j’ai toujours choisi mon tempo en décidant en toute liberté de ce que je voulais faire.

Album Eitel&Co

Pouvez-vous nous présenter l’album EITEL&CO, votre nouvelle réalisation ?

L’album EITEL&CO est un CD Collection-Compilations d’une partie de mes réalisations musicales, enregistrées entre 1995 et 2003.

Il ne s’agit pas réellement d’une nouvelle création. En effet, j’ai profité de mon temps libre, lié au contexte actuel, pour dépoussiérer mes bandes master originales et extraire les 10 titres qui composent l’album. La coloration musicale est particulièrement Afro-Zook, Makossa et Soukouss.
14 chanteurs sont invités dans cet album, notamment Aurlus Mabélé, « le Roi du Soukouss », et Ballou Canta, grandes références de la musique afro caribéenne dans les années 80-90.

On y retrouve aussi Charlotte Mbango, Ndédi Dibango, Stéphane Dayas, et Diboué Black , qui sont des artistes incontournables de la musique camerounaise.
Exilie, Kindle Mat et Diva La « Marquise » du Congo viennent compléter la liste des talentueux artistes présents dans cet album dont la sortie est prévue le 2 avril 2021 en CD DIGIPACK.
L’album EITEL&CO sera disponible par exemple à la Fnac, les Magasins Cultura ou Panier music, et dans d’autres magasins spécialisés.

Il sera aussi présent sur les meilleures plateformes musicales digitales quelques semaines auparavant.

C’est pour moi un devoir de sortir cet album car on retrouve sur le net, à tort et à travers beaucoup de mes réalisations et musiques , mal référencées (usurpation de titre et autres..) et parfois de très mauvaise qualité.Je suis actuellement en relation avec certains labels spécialisés pour la réédition de mes œuvres originales.

C’est dommage qu’à cette époque on ne pouvait pas encore publier les vidéos issues de mes œuvres sur le plan mondial car YouTube n’existait pas encore. Et les cassettes vidéos en format VHS qu’on a commercialisées localement ne sont pas correctement lisibles aujourd’hui.

Parmi vos compositions sélectionnées dans EITEL&CO, laquelle préférez vous?

Si je me laisse aller à la nostalgie, je dois dire que je frissonne encore lorsque j’écoute «Yaoundé »(lien d’écoute ICI), chanson composée avec Kindle Mat, d’origine Camerounaise comme moi et chantée intégralement en Français (extrait de l’album Synthez I)… De plus, elle l’a magistralement interprétée. Je me rappelle que les séances d’enregistrement en studio ont été très joyeuses.

De même, la chanson « Mba nu »(lien d’écoute ICI), composée avec Charlotte Mbango (extrait de l’Album Synthez 2003) ne me laisse pas insensible. C’est le dernier morceau que j’ai enregistré et mixé en studio. Il scelle la fin de mes réalisations en 2003 et ma dernière rencontre avec la chanteuse.

Sonodisc, Mélodie et les disquaires indépendants

La quasi-totalité des maisons de disques produisant et distribuant exclusivement ou en majorité les musiques africaines ont disparu à Paris. Idem pour les disquaires indépendants. Comment l’expliquez-vous ?

La raison principale est économique, me semble-t-il. Mais je pense aussi que les maisons de disques telles que Sonodisc ou Mélodie, pour ne citer que celles-là, étaient arrivées au bout de ce qu’elles pouvaient ou voulaient faire en tant que leaders des musiques afro antillaises à Paris. L’avènement du format CD a précipité la chute des ventes chez les disquaires et cela a impacté la productivité de nombreux labels.
Comme il fallait s’y attendre aussi, on a assisté à la profusion des Homes studios au détriment des studios institutionnels. Conséquence directe, l’autoproduction a explosé.

Sur le plan commercial, tout passe en majorité par la musique en ligne et le numérique. Tout auteur ou compositeur a désormais une chance d’être connu et reconnu en postant gratuitement ses œuvres sur les plateformes dédiées. Alors qu’à une époque il fallait faire le tour des maisons de disques à pieds… et rien n’était joué d’avance !

Il est clair que les firmes musicales qui ont su s’adapter à cette nouvelle donne ont continué leurs activités. Je pense aux majors tels que Universal ou Sony Music par exemple. Néanmoins, beaucoup de nouveaux labels aujourd’hui font très bien le job et sont parfois même très efficaces.

Quel regard portez-vous sur les tendances actuelles des musiques africaines ?

Je suis épaté. Nous avons tous assisté, ces dernières années, à l’éclosion d’une nouvelle génération d’artistes africains. Celui qui me revient tout de suite en tête, bien sûr, c’est Fally Ipupa. Je pense aussi aux Congolais Youssoupha ou Gaz Mawete.
Nous avons auparavant vu arriver sur la scène internationale les Nigérians P-Square, Davido ou Omah Lay avec des musiques et des clips vidéo très élaborés.
À titre personnel j’apprécie beaucoup la Tanzanienne Zuchu, que j’ai découverte il n’y a pas longtemps.
Je suis convaincu qu’une nouvelle vague de jeunes va bientôt arriver, car l’Afrique continue à pousser et à déplacer les lignes et ce à tous les niveaux.

Aurlus Mabele, Manu Dibango

Comment avez-vous réagi à l’annonce de la disparition de votre grand Ami Aurlus Mabélé et de votre idole Manu Dibango, l’année passée ?

D’abord, je dis bravo et respect pour ce qu’ils ont accompli musicalement, chacun dans son registre.
Aurlus, c’était plus qu’un ami. C’était un grand frère sur lequel je pouvais toujours compter. C’est grâce à lui que je me suis introduit dans le monde musical très fermé de Paris et que j’ai pu m’exprimer musicalement à travers les 8 albums que j’ai réalisés. Il m’a ouvert beaucoup de portes. Je n’ai pas de mots pour le remercier encore. D’ailleurs la consécration de notre amitié se trouve dans le titre N° 3(lien d’écoute ICI) du nouvel Album EITEL&CO. Ce titre est extrait de l’Alum Afric Panach, ma première réalisation chez Sonodisc. C’est le premier morceau que j’ai enregistré en studio avec lui.

Soukouss Paris Night(lien d’écoute ICI) , sorti plus tard reste la meilleure vente de mes réalisations. Tout cela grâce à lui bien sûr. J’enregistrais exclusivement de nuit et Aurlus était présent à chaque fois que je le sollicitais.

Concernant Manu Dibango, c’est plus qu’une idole, c’est un exemple sur le plan musical, mais aussi par sa simplicité. Je suis plein d’admiration. Il a porté très haut les couleurs de la musique africaine… Les sonorités de ses musiques, les « phrasés » et chorus dans ses cuivres sont uniques au monde. J’étais tellement en admiration qu’en 1995 j’ai réalisé le titre TUMBA TUMBA (extrait de l’Album Afric Panach chez Sonodisc 1995) en son honneur Ce titre se trouve d’ailleurs en première position dans mon Album collection EITEL&CO qui sort bientôt.
Comme tous les mélomanes, je le présume, c’est donc avec une grande tristesse que j’ai appris leur disparition.

Pouvez vous nous dire un mot sur la situation culturelle et artistique actuelle?

Comme tous les passionnés, je trouve que l’attente est vraiment longue. Hélas ! les théâtres, les cinémas, les musées ou les salles de concerts ne rouvriront pas de sitôt. Il faut espérer les festivals cet été. J’ai beaucoup d’amis intermittents du spectacle qui ne s’y retrouvent plus et qui ne peuvent plus exercer leur métier. C’est triste.

Vivement qu’on se débarrasse de ce virus.
La dernière fois que j’ai assisté à un concert de musique c’était le 25 janvier de l’année passée à Changé (Le Mans).

Cela me semble une éternité. A cette occasion d’ailleurs, la Gambienne Sona Jobareh a été éblouissante.

J’ai eu l’honneur d’applaudir une véritable virtuose de Kora, dans la lignée des grands joueurs de l’Afrique de l’Ouest.

J’espère revivre bientôt de telles émotions…..je croise les doigts.

Et maintenant?

Va-t-on revoir bientôt Eitel dans les studios d’enregistrements pour de nouvelles réalisations ? L’inédit ne vous manque pas ?

Je ne projette rien pour l’instant à vrai dire et surtout pas dans l’incertitude du moment. Je suis mon instinct. C’est mon côté un peu « Lion indomptable »…
La musique a toujours été et reste avant tout une passion et un loisir.
Pour le plaisir, je déchiffre des standards au piano chez moi. C’est mon kiff de m’essayer sur des morceaux appartenant aux répertoires des génies du Piano jazz.
Il m’arrive aussi d’intervenir pour donner des cours de solfège ou de piano en ligne sous forme de tutos privés à la demande.
Bref, j’apprécie énormément ce que je fais musicalement aujourd’hui.
Plus tard, on verra ce que j’aurai envie de faire. J’avoue qu’il me faudra beaucoup de certitudes et de motivation avant de repartir sur de nouveaux projets liés à la musique commerciale.

Merci Eitel d’avoir accepté cet entretien. Ce fut un réel plaisir de vous revoir.

C’est moi qui vous remercie, c’était sympa de votre part et le plaisir est partagé.

 

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